Kenny Clarke était plus qu’un simple batteur : c’était un pionnier qui a changé à jamais le cours du jazz. Son approche novatrice du rythme a transformé la batterie jazz, passant d’un rôle rigide de mesure du temps à une forme d’art expressif et interactif. En transférant la pulsation rythmique à la cymbale ride, Clarke a posé les bases du bebop, un genre qui allait révolutionner le jazz. Tout au long de sa carrière, il a joué avec certains des plus grands musiciens de son époque, a cofondé le Modern Jazz Quartet et a laissé une empreinte indélébile sur la batterie jazz. Cet article explore sa vie, sa carrière, son style de batterie unique et son héritage durable.
Enfance et petite vie
Kenny Clarke, initialement nommé Kenneth Clarke Spearman, est né à Pittsburgh, en Pennsylvanie, le 9 janvier 1914. Il était le cadet des deux fils de Martha Grace Scott, pianiste, et de Charles Spearman, tromboniste. Élevé dans une famille de musiciens, il s’est passionné pour la musique dès son plus jeune âge. Enfant, il a joué de divers instruments, dont le piano, le trombone et le vibraphone, avant de se consacrer définitivement à la batterie.
L’enfance de Clarke fut difficile. Son père quitta le foyer pour fonder une nouvelle famille, tandis que sa mère, qui venait de se lier avec un pasteur, mourut subitement, le laissant orphelin à l’âge de 5 ans. Lui et son frère furent placés au foyer industriel Coleman pour garçons noirs. Ils retournèrent vivre avec leur beau-père vers 11 ou 12 ans. Ce dernier n’appréciait guère la musique ni rien qui y soit associé. Après une dispute, lui et son frère furent à nouveau expulsés de la maison de leur beau-père, et Clarke fut alors placé dans une famille d’accueil sans son frère jusqu’à ses 16 ans.
Carrière et contribution au Bebop
Clarke a déménagé à New York à la fin de 1935, a abandonné son nom de famille Spearman et était désormais connu sous le nom de Kenny Clarke.
Dans les années 1930, Clarke commence à collaborer avec des groupes de swing réputés, notamment ceux de Roy Eldridge et de Teddy Hill. En 1939, il rejoint l’orchestre de Teddy Hill, où il rencontre Dizzy Gillespie, qui jouera un rôle crucial dans l’évolution du bebop.
Au début des années 1940, Clarke devient une figure incontournable du Minton’s Playhouse, club légendaire de Harlem où le bebop est né. Aux côtés de Charlie Parker, Thelonious Monk et Dizzy Gillespie, il contribue au développement d’un nouveau style de jazz plus complexe. C’est à cette époque que Clarke introduit son motif de cymbale innovant « spang-a-lang », qui transfère la pulsation rythmique de la grosse caisse à la cymbale ride. Cette approche permet aux batteurs de disposer d’une plus grande liberté avec leur grosse caisse et leur caisse claire, donnant naissance à un jeu plus fluide et interactif.
Clarke était le batteur attitré du Minton’s Playhouse, qui devint un véritable laboratoire pour les jeunes musiciens bebop. Il joua également avec d’importants big bands tels que le Dizzy Gillespie Big Band, le Roy Eldridge, le Jeter-Pillars Band et le Edgar Haye’s Big Band.
En 1946, Clarke travailla brièvement avec Louis Armstrong, mais partit bientôt pour la France, où il trouva un public plus sensible au bebop. Il s’installa définitivement à Paris en 1956, où il devint une figure incontournable de la scène jazz européenne.
Style de batterie
Le style de batterie de Kenny Clarke était révolutionnaire pour le jazz :
- Il a déplacé le rôle de chronométrage de la grosse caisse à la cymbale ride, libérant ainsi la grosse caisse pour les accents (« dropping bombs »).
- Son style était léger et fluide, laissant plus d’espace à l’interaction avec les autres musiciens.
- Il a été le pionnier d’une approche plus interactive, où le batteur jouait avec les solistes au lieu de simplement garder le rythme.
Ces innovations ont jeté les bases de la batterie jazz moderne et ont influencé les futurs batteurs tels que Max Roach, Art Blakey, Tony Williams et Elvin Jones.
Clarke a gagné le surnom de « Klook » grâce à un motif de batterie unique qu’il jouait fréquemment.
Durant ses années au Minton’s Playhouse, Clarke a développé une technique de batterie signature : il lançait des accents inattendus et explosifs sur la caisse claire et la grosse caisse, une technique connue plus tard sous le nom de « dropping bombs ». Les musiciens ont commencé à surnommer ces accents « Klook-a-mop » en raison de leur sonorité. Au fil du temps, le nom a été raccourci en « Klook », qui est devenu son surnom le plus connu.
La mort
Kenny Clarke est décédé le 26 janvier 1985 à son domicile de Montreuil, en France, des suites d’une deuxième crise cardiaque. Il avait 71 ans.
Voici quelques vidéos de Kenny « Klook » Clarke
Kenny Clarke en Studio
Kenny Clarke Quartet – If I Were A Bell
Kenny Clarke – Bebop
Kenny Clarke – Nervus
L’apport de Kenny Clarke à la batterie jazz est inestimable. Ses innovations rythmiques ont non seulement façonné le bebop, mais ont également influencé des générations de batteurs qui ont suivi ses traces. De ses performances révolutionnaires au Minton’s Playhouse à ses dernières années en tant que mentor en Europe, l’influence de Clarke sur le jazz demeure profonde. Son héritage perdure chez chaque batteur qui embrasse la liberté et la créativité qu’il a apportées à la batterie jazz. Figure incontournable de l’histoire du jazz, Kenny Clarke restera à jamais dans les mémoires comme le batteur qui a tout changé.